Centre Roland-Bertrand : du cœur au centre

28
nov
Du cœur au centre. Une phrase d’accroche qui déborde de sa simple fonction marketing pour célébrer le courage, la ténacité, la résilience d’hommes et de femmes qui se lèvent chaque matin avec une mission en tête; celle de réintégrer une société qui, pour une raison ou une autre, les a momentanément exclus. Une phrase toute simple mais qui démontre qu’une porte leur est toute grande ouverte : celle du Centre Roland-Bertrand et ce, depuis bientôt 35 ans.
 
Entrer dans la boutique du Centre Roland-Bertrand pour la fan de vintage que je suis, c’est comme entrer dans une caverne d’Ali-baba (sans les 40 voleurs) et ce, sur les deux étages de cette ancienne église réaménagée. Et attention, loin de nous l’image du marché aux puces aux objets un tantinet déglingués. Ici, tout est trié, lavé, réparé. On ressent un souci de bien faire les choses, un respect envers l’histoire de chaque objet mais surtout pour l’humain, qu’il soit client, bénévole, employé ou participant.
 

Une histoire d’humains

Des gens, Mado en a vu passer, elle qui travaille pour le Centre depuis 30 ans. Elle me raconterait probablement les abbés Martel et Marcil, les tablées d’antan et les assemblées de cuisine pour réinventer le monde, si elle n’était pas tout à son ouvrage. Elle me parlerait peut-être aussi de Martin, arrivé en 2005, qui a contribué aux premiers balbutiements de la boutique du Centre, inaugurée quelque part en 2007 à force de beaucoup d’huile de bras. Elle me raconterait les visages qui y ont passé. Une encyclopédie, la Mado.
 
La conversation se poursuit avec Frédéric Trudelle, directeur général du Centre. Calme, posé, cet homme coordonne quotidiennement, avec l’aide d’une équipe de coordination, une douzaine de services, accueille 456 bénévoles annuellement et fournit pas loin de 32 000 repas à des gens dans le besoin. Plusieurs en ressortiraient avec une tignasse complètement blanche mais pas lui, si je me fie à mon investigation visuelle des plus poussées. Quel est donc le truc? Probablement, beaucoup de capacités de gestion mais aussi, thème récurrent de cette rencontre, un cœur grand comme ça, qui a la conviction profonde que la force d’une communauté et de son développement repose d’abord et avant tout sur son capital humain et social.
 

Une boutique, selon le modèle de l’économie sociale

En plus de tenir les plus belles décorations de Noël des années 1950, une petite table pas piquée des vers et autres objets qu’il me faut absolument, la boutique du Centre, portion d’économie sociale de cet organisme communautaire, est un plateau de réinsertion au travail. Et c’est là, que le slogan du cœur au centre, créé il y a deux ans, prend tout son sens selon notre protagoniste : « Ce qu’on a voulu souligner, c’est vraiment le courage qu’on voit chez les participants. Le courage qu’ils ont à se présenter le matin et à passer par-dessus leurs problématiques, leurs stigmates. Nous voulions célébrer tout le travail que ces gens-là ont à faire pour briser leurs frontières. » Un clin d’œil qui rend aussi hommage aux employés et aux bénévoles, qui doivent parfois conjuguer avec des histoires pas faciles, qui sont très dures à entendre et réaliser des petits miracles quotidiens.
 
Pourquoi faire le choix de se diriger vers un modèle en économie sociale? Spontanément, M. Trudelle de répondre : « On vend des choses qu’on se fait donner pour faire des sous, mais c’est surtout l’intégration des participants qui nous anime, les valeurs humaines que cela sous-tend. On n’a pas cherché à modifier quoi que ce soit pour entrer dans la case économie sociale, c’est ça qu’on faisait déjà. » Un modèle qui fait donc sens et qui rejoint autant ses valeurs humanistes que de développement. Bref, le fit est bon.
 

En mode célébration

Les cœurs étaient loin d’être en fête, en août dernier, lorsqu’un dégât d’eau a mis K.O. la quasi-totalité des denrées dédiées à la distribution d’aide alimentaire pour la rentrée scolaire. « On a perdu pour 2 000 $ de nourriture, comme des collations et des choses pour les dépannages d’urgence. », rappelle celui qui n’allait certainement pas baisser les bras. Un appel à la population à travers les médias et l’organisme recevait quelque temps plus tard plus de 17 000 $ en denrées, chèque-cadeaux et autres. Un montant pour lequel ont grandement contribué des entreprises de la région à travers un moyen des plus original : un Food bucket challenge. Oubliez la chaudière de glace, le défi était plus symbolique quoique tout aussi aidant pour les besoins de l’organisme.
 
Rapidement, les employés du Centre doivent passer de la rentrée à ce qui est probablement la plus grosse campagne annuelle du Centre, la campagne de paniers de Noël. « On fait plusieurs activités de la mi-novembre à la mi-décembre et on ramasse habituellement entre 80 000 et 85 000 $ et beaucoup de nourriture. On fait environ 1 000 paniers et on aide 2 000 personnes en moyenne et ça c’est uniquement pour Shawinigan et Shawinigan-Sud. » souligne celui qui coordonne, durant des mois, toute une armée de lutins-bénévoles et d'employés aux cœurs gros comme le bras. Ceci pour que tout le monde ait un repas digne de ce nom le soir du 24 décembre, pour que la magie entre dans chacun des foyers, pour que les yeux de petits et grands continuent de briller. Parce que tout le monde a le droit de fêter.
 
Parlant de fêter, l’organisme fêtera ses 35 ans en mars. Malheureusement, les besoins sociaux sont encore trop criants pour faire diminuer les services de ce centre à l’âge vénérable. Heureusement, on peut compter sur un directeur général passionné et toute une équipe dévouée pour mettre de la couleur dans la vie des Shawiniganais, quels qu’ils soient.