La diversification économique, à grands coups de ruralité

26
jun

Le mouvement #tousruraux, qui vise à réaffirmer l’importance d’une ruralité forte pour l’ensemble des québécois, a ramené sur la map la diversité des enjeux territoriaux actuels et l’interdépendance positive qui relie le 5e rang de St-quelquepart et le boulevard Taschereau. Porté par Fred Pellerin, un natif d’une contrée tellement oubliée pendant une période qu’elle n’a pu que se ré-imaginer, la campagne est aussi essentielle que le sirop dans la recette de pouding-chômeur. Non loin du spectre, un néo-rural. Qui a fait ses premiers pas sur le béton, développé des ligues de baseball de ruelle, travaillé en plein downtown… de Trois-Rivières. Un gars qui a rencontré une fille de St-Narcisse, qui l’a suivie dans son petit bout du monde et qui est tombé en amour avec son coin de pays. Un urbain pour qui espace rime avec liberté, pour qui local rime avec fierté.

David Gélinas, président d’ÉTAB collectif, est un rêveur assumé. Donc quand il a pris racine dans la MRC des Chenaux, il ne pouvait que s’impliquer activement dans sa dynamisation. Avec Anne-Marie Grondin, coordonnatrice de la Communauté entrepreneuriale à cette époque, il développe un réseau d’affaires, sonde la communauté, se dote d’une vision. Alors installé dans l’ancienne école primaire de sa paroisse, il sent que le lieu a un immense potentiel. «Quand je suis rentré ici, au rez-de-chaussée, j’ai dit au maire Guy Veillette : dans un an, je t’arrive avec un projet. », explique-t-il. D’accord, mais lequel ? Sa comparse ayant été impliquée dans un projet de co-working à Granby, le projet s’est rapidement dessiné dans cette direction. Ceci faisait également écho à une étude présentant un fort pourcentage de travailleurs autonomes dans la MRC. Le besoin était donc présent, mais encore fallait-il convaincre les élus locaux…

« Un conseil municipal, en milieu rural, ça ne sait pas nécessairement ce qu’est un co-working. Au début, les élus trouvaient ça intéressant, mais ils n’avaient aucune idée de ce qu’on voulait faire. Je suis arrivée avec des images d’inspiration de ce que ça pourrait être et le conseil municipal a accepté. Mais je sentais qu’il avait une certaine réserve. », relate celui qui, aucunement découragé, décide de travailler d’arrache-pied pour concrétiser sa vision. « Entre Noël et le jour de l’an, j’ai construit le bureau. J’ai pris des palettes de bois et peint quelques murs. Puis, j’ai invité le conseil municipal après la première séance de janvier à venir faire un 5 à 7 ici pour qu’ils viennent voir. C’est là que le déclic c’est fait. » La municipalité ainsi devenue partenaire indéfectible, le projet ETAB collectif pouvait voir le jour.

Vers un catalyseur entrepreneurial local

L’OBNL a du caractère, se distingue. Attablée à une table de ping-pong, une tasse vintage à la main, je suis entourée de meubles dépareillés, d’œuvres esquissées ou plus travaillées, d’objets qui sentent bon la vie quotidienne. Je ne peux que comprendre pourquoi cette entreprise lauréate de la catégorie Start-up volet économie sociale présentée par le RJCCQ - Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, suscite tant d’engouement autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son territoire. Sa mission de lutte à l’exode des travailleurs par le biais d’un lieu collectif en fait un modèle unique au Québec, modèle qui a d’ailleurs tenu la tête d’affiche de l’émission De par chez nous, diffusée sur Unis TV.

« Je dirais qu’on a toujours eu comme vocation d’offrir des services aux entrepreneurs locaux pour ne pas qu’ils n’aillent pas à aller chercher des formations, des conférences, des outils, des plans à l’extérieur, qu’ils aient un service de proximité. C’est comme ça qu’on vient à mettre un peu de jus dans le développement économique directement. », croit ce développeur nouveau genre. Et de rajouter : « Je veux vraiment qu’ETAB devienne une référence, un catalyseur entrepreneurial dans des Chenaux, mais aussi Mekinac. Pour montrer aux autres milieux ruraux qu’on peut, chez nous, offrir un service professionnel et différent. On doit être capable d’oser. L’avenir des milieux ruraux ça va être les générations qui s’en viennent, qui vont se prendre en main et qui vont oser changer les modèles. » En résulte un lieu ouvert, qui bouscule un peu, mais surtout qui trace la voie pour une nouvelle façon d’approcher le milieu du travail, en phase avec les conditions de flexibilité et de conciliation que recherchent les jeunes actuellement.

Car ils reviennent, ces jeunes natifs qui rêvaient jadis de bitume et de coups de klaxons. Notre protagoniste explique : « De plus en plus, on sent qu’il y a des jeunes qui viennent s’implanter en région pour fonder leur famille. Ce sont des personnes qui ont grandi ici, qui sont allés vivre leur vie à Montréal, faire leurs études et qui reviennent. C’est magnifique. Ça ne fait pas de sens un moment donné le trafic et tout. Ici, tu t’achètes une qualité de vie. » Des enfants qui ont les orteils dans l’herbe, des parents qui ont un espace de travail commun à leur image. L’image, quasi idyllique, est tellement attirante que je me surprends à lorgner le seul espace de palettes encore disponible…

En vue d’une deuxième phase

Malgré cette image de nuage de Calinours, l’organisation n’entend pas chômer dans les prochains mois. L’année 2018 sera celle de l’évaluation du projet en vue d’une phase 2.  « On est en train de rebrouiller les cartes pour rendre ça encore plus solide. Si on ne se remettait pas en question, on n’avancerait plus. N’importe quelle entreprise est là pour évoluer. Et pour ça, on doit prendre du recul. C’est ça qu’on est en train de faire, même après seulement deux ans. «, explique David Gélinas, très lucide quant aux efforts qui devront être déployés. Embauche d’une ressource, développement de partenariats, recrudescence des actions publicitaires, appels à projets : les étapes ne manquent pas pour développer le modèle en place mais également construire ce qui pourrait être fait dans les espaces vacants de l’école.

Le cri du cœur est tangible, l’engagement social indéniable : « Je veux qu’on devienne une référence en milieu rural. Si on ne pense pas à nos milieux, ils vont mourir. On n’aura plus de bureau de poste, plus rien proche. Les gens ont besoin de services et c’est ça qu’il faut qu’on entretienne. Les gens ont besoin d’emplois structurants, qui leur parlent. Et c’est pour ça qu’il faut qu’on en vienne à se diversifier aussi. » De ces paroles lancées un chaud matin de juin ressort un constat clair : ÉTAB est là pour rester, pour s’enraciner dans sa communauté. À vos lunettes de soleil, ça risque de rayonner du côté de St-Narcisse !