La grande séduction de Transports collectifs Maskinongé

26
fév

Dire que Valérie Bellerose, directrice générale de Transports collectifs de la MRC de Maskinongé, est enthousiaste est un euphémisme. Magnétophone ou pas, le débit de la conversation n’a jamais faibli, oscillant entre fous rires et vérités sur les enjeux actuels de la mobilité. Emportée par ce tourbillon d’échanges, je n’ai pu qu’être conquise par ce que je découvrais en ce froid matin de février. Et ça tombait bien, parce qu’on a jasé de séduction en haut et en large, notre thème du mois. En route pour un voyage aussi intense que passionnant.

Marieuses des temps modernes. Voici comment se décrivent les trois femmes œuvrant quotidiennement à l’arrimage des transports sur le territoire de Maskinongé, voire au-delà. Car elles provoquent les alliances, les cherchent : « On met les gens ensemble, on crée la rencontre. Notre première mission est de faire l’harmonisation des besoins de la population à travers les circuits réguliers de transport, mais aussi de créer des nouvelles lignes en fonction des demandes », explique d’un souffle Valérie Bellerose. S’ensuit un habile jeu de « mix and match » maîtrisé avec doigté, à faire rougir Jennifer Lopez dans le mythique (bon, pas tant que ça) film La Marieuse.

Un territoire en mouvement

L’éventail de services de l’entreprise est aussi varié que riche. Bien que le développement du transport collectif soit la mission majeure de l’organisation, des volets alternatifs sont venus se greffer avec le temps. Comme si temps, il y avait vraiment. « On a un volet de covoiturage. On a mis en place un stationnement incitatif, fait des démarches avec les entreprises auprès des employeurs pour qu’ils incitent leurs employés en ce sens et développé une plateforme. On travaille aussi de plus en plus la mobilité adaptée, son arrimage sur le territoire et vers Trois-Rivières, où certains services sont essentiels. On voit aussi venir tout ce qui est relatif au transport actif. Donc, on essaie de se tenir au courant à ce propos. », énumère l’hyperactive devant moi. De quoi donner le tournis.

L’objectif derrière toutes ces actions est clair : garder le monde en région, séduire les gens en leur faisant redécouvrir un mode de vie rural. Et ce, peu importe leur âge. Travailleurs, aînés, jeunes, autant de publics qui demandent des stratégies plurielles que comble l’organisme à coup de relations et de projets novateurs. En exemple, la nouvelle Éco-passe, développée en partenariat avec le Cégep de Trois-Rivières. Comme nous explique notre protagoniste : « L’objectif d’offrir une mobilité flexible c’est que les jeunes, les fins de semaine, restent dans la communauté, travaillent dans nos commerces. Ça a un impact direct sur la vitalité de notre région. » Une visée résolument sociale, qui travaille au bien collectif. Lutte à l’isolement, développement durable, transport démocratisé, les avantages sont nombreux pour la communauté… et celle-ci répond à l’appel. De 50 déplacements par mois en 2005, on parle maintenant du même nombre à l’heure. De quoi faire bouger toute une population... dans le même sens !

Se déplacer autrement : un mode de vie

Je me revois à 16 ans, à « quêter des lifts » à tout moment à mes parents (merci Loulou !). On doit le dire, ruralité rime souvent avec voiture. Ce n’est donc pas anodin d’implanter une telle entreprise sur un territoire rural aussi étendu que Maskinongé car, comme l’explique notre protagoniste : « pour implanter du transport ça prend une masse critique et une population qui a un réflexe envers nous. On touche directement à notre thème mensuel, car on est continuellement à travailler sur la séduction d’un modèle différent. On vend une possibilité alternative, un changement de comportement. Et ça, ça prend du temps jusqu’à la fidélisation. » Le faire autrement s’incarne donc au quotidien, pour introduire des changements de paradigme un individu à la fois. Un défi aussi stimulant qu’important.

Et pour ça, l’ensemble des gens en place doit ramer dans le même sens. « Nos chauffeurs doivent avoir une humanité particulière. Parce qu’on a un rôle de sentinelle de premier plan envers nos clientèles. Il faut leur inculquer notre vision en économie sociale, leur partager notre rôle très humain et celui plus économique aussi. », explique Mme Bellerose. À ce travail d’équilibriste s’additionne une toute nouvelle croissance pour l’organisation, qui devrait passer de 25 000 déplacements en 2017 au double en 2018. « On a chaud », de dire la directrice dans un grand fou rire. On lève notre tasse de café bien haut en guise d’appui !

Il y a de beaux succes story aux Transports collectifs de Maskinongé. Deux femmes bénéficiant du circuit de ville se sont déjà « trouvées » dans l’autobus, jusqu’à devenir des amies partageant des déjeuners chaque samedi matin. Un chauffeur a déjà accompagné une femme de son groupe spécialisé, à son entrée sur le marché du travail, en passant par sa diplomation. Les valeurs humaines transparaissent dans tout ce qu’incarne Valérie Bellerose et son équipe, ce qui ne les empêche pas de se projeter résolument vers l’avenir. La route s’annonce belle pour ces passionnées et on embarque dans leur « road trip » n'importe quand !