La résilience comme clé de voûte à la dépendance

26
mar

La porte grande ouverte, un air de rap qui flotte dans la salle commune. Je ne sais pas à quoi je m’attendais pour cette première visite dans un centre de traitement des dépendances, mais clairement pas à ça. Le Pavillon de l’Assuétude déboulonne rapidement mes idées préconçues pour m’offrir la vision d’un milieu de vie sain, ouvert, humain. Un endroit où tout le monde a droit à une deuxième chance, peu importe la lourdeur du bagage qu’il traîne. Un milieu qui prône la dignité, avant tout.

On est en 1997. Elton John chante Candle in the wind avec émotion et Fabienne Larouche écrit la deuxième saison de Virginie. À Shawinigan, on travaille d’arrache-pied pour fonder un organisme à but non lucratif qui permettra de travailler de concert avec le CIUSSS MCQ pour lutter contre les dépendances liées aux drogues, à l’alcool et au jeu pathologique. Le Pavillon de l’Assuétude voit le jour dans un ancien couvent de la rue Georges et devient un lieu d’intervention différent pour les personnes qu’il héberge. Loin de diminuer, la demande croît d’année en année. En plus de Shawinigan, s’ouvre ainsi un autre point de service sur le territoire du Centre-du-Québec à St-Guillaume, près de Drummondville. 

2018. Alexandre Ratté, directeur général de l'organisme, jette un regard sur les 20 dernières années qui ont porté leur lot de tumultes : « Le pavillon compte maintenant une cinquantaine d'employés répartis dans nos deux lieux. Nous traitons, en moyenne, 550 demandes d'hébergements par année. Avant, il y avait environ 220 personnes par année qu'on n'était pas en mesure d'accepter, que ce soit par manque de place ou par manque de ressource. Nous sommes fiers du chemin parcouru. » Avec raison, car le taux de réussite frôle le 50 %, ce qui est exceptionnel dans ce milieu. Mais sutout, parce que les gens savent qu'ils ont une organisation solide sur laquelle ils peuvent compter. 

Briser le cycle de l’assuétude

Les histoires de vie que peuvent entendre M. Ratté et ses employés peuvent nous sembler inimaginables. Abus, violence, extrême pauvreté sont le lot de plusieurs clients qui passent la porte de cette maison shawiniganaise. Au point où les trois mois passés en thérapie sont parfois sources de répit et de stabilité pour les cœurs écorchés. Pourtant, ils ne s’avèrent pas faciles pour autant. Travaux écrits, prises de présences, échanges de groupe et tâches quotidiennes se succèdent pour favoriser une compréhension du vivre-ensemble et le travail sur soi. « C’est de l’engagement faire une thérapie, c’est apprendre à se structurer pour atteindre l’abstinence, mais aussi retrouver les codes du vivre-ensemble. », explique notre protagoniste. Une tâche énorme, donc, portée par une équipe de gens passionnés.

L’assuétude, c’est un cycle qui comporte son lot de détours avant de pouvoir être brisé. C’est pourquoi l’échec ne fait pas partie du vocabulaire du personnel de l’établissement. Très conscient que la rechute peut faire partie du cheminement, M. Ratté souhaite faire vivre une belle expérience à ses clients, peu importe les raisons pour lesquelles ils voudraient mettre fin au traitement. « On veut qu’ils sachent qu’on sera toujours là, qu’ils ne sont pas en situation d’échec mais bien d’apprentissage », dixit celui qui a appris à relativiser, avec le temps. On ne pouvait trouver de meilleur modèle pour illustrer la thématique de la résilience.

Une forte croissance pour les 20 ans de l’organisme

Des grandes pièces éclairées, des accès à la nature, des salles de bain dans chaque chambre, une salle à manger rassembleuse. Un petit bout de paradis pour des gens qui n’ont, parfois, même jamais eus un lit à eux. Monsieur Ratté raconte les émotions suscitées par le récent déménagement de l’ancien point de service de Shawinigan vers le nouveau lieu dans lequel nous nous trouvons, anciennement l’Auberge Escapade : « Les employés sont fiers de venir travailler et des résidents sont venus nous voir, les larmes aux yeux, pour nous dire qu’ils n’avaient jamais séjourné dans quelque chose d’aussi beau. Avant, on avait des lits à deux étages parce que c’était ce qui rentrait, aujourd’hui on peut leur offrir des chambres dignes d’un hôtel. Ça a été vraiment touchant pour nous, ces témoignages-là. » Preuve que les investissements récents de près de 3,2 millions $ dans les deux points de service du centre ont une portée beaucoup plus grande que le cadre bâti. Ils ont apporté de la lumière à ceux qui ne la voyaient plus, une considération à ceux qu’on tente souvent de ne pas voir.

Dans une période où la rareté de la main-d’œuvre se décrit sur toutes les tribunes, le directeur voit aussi un changement de dynamique au niveau de la main-d’œuvre. « Les pensées se modifient. On entend maintenant nos employés nous parler de passer leur carrière avec nous, ce qui n’arrivait pas avant. Ce n’est pas l’apanage de nouveaux locaux, mais plutôt d’une nouvelle mobilisation qui a pris place. », explique-t-il. Pour tout employeur, c’est une tape dans le dos X 1000, qui donne le goût d’aller plus haut, plus loin. À écouter le directeur, c’est bien son intention… et on s’en réjouit d’avance !