Le projet de la 2e chance, pour une entreprise de 1er choix

19
jui
Arrivée trop tôt à mon rendez-vous avec Geneviève Provost, la directrice générale du SIT Mauricie, je suis accueillie par Yolande, petite abeille travailleuse qui m’explique avec passion le travail qu’elle fait pour l’organisation depuis 15 ans. Je saisis alors l’ADN du lieu où je me trouve. Un lieu profondément humain, dynamique, qui redonne du sens aux gens qui y travaillent. Arrive mon rendez-vous et avant même de lancer le magnéto, je sais que ce ne sera pas ordinaire.
 
 
Favoriser l’intégration au travail des gens avec des problématiques de santé mentale, tel est le cheval de bataille du Service d’intégration au travail (SIT) depuis les 20 dernières années. Force est de constater que la formule fonctionne ; bon an, mal an, c’est près de 250 personnes qui franchissent les portent d’un des six points de service pour y trouver du travail, mais également pour retrouver une estime perdue au fil des obstacles de la vie, une motivation même quand les matins sont plus lourds. « Le SIT est venu chercher ce qu’il restait de vivant en-dedans de moi et l’a fait grandir. Il m’a sauvé la vie. », dixit Danielle Trudel, fière vitrailliste pour l’organisation. Résonne dans ces mots toute la raison d’être de la mission sociale de ce lieu unique.
 
Prix « Services à la communauté » au Gala Radisson de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, lauréate « Entreprise Messagère » à la Soirée ReconnESsance du Pôle, finaliste au prestigieux concours en environnement NOVAE, obtention de la fameuse certification R2, les distinctions s’additionnent. Et ce n’est pas pour rien. Derrière chaque trophée, il y a beaucoup d’heures de travail, de la détermination et surtout, de la vision. « Pour être en mesure de soutenir la mission sociale, l’aspect économique est essentiel. Pour nous, comme notre mission est de faire travailler des gens et notre façon de s’actualiser, c’est d’aller chercher des contrats. », nous explique la directrice Geneviève Provost. Son ton est convaincant, déterminé. On devine sans peine comment ce petit bout de femme, accompagnée du fondateur, Alain Levasseur, a réussi à convaincre les Videotron, Hydro-Québec, Home Dépôt et autres géants de ce monde à embarquer dans sa belle aventure. On la suivrait, nous aussi.
 

L’agrandissement de la 2e chance

« Une entreprise qui ne se développe pas finit par mourir. On a un ADN de développement, une vision organisationnelle qui va en ce sens. Mon équipe me dit parfois de me calmer avec mes projets (rires). Mais grâce à eux, on gère maintenant 250 personnes et un chiffre d’affaires de 2 millions. On veut aider plus de monde et c’est la façon de le faire. », poursuit-elle. Dans ce développement, il y a le projet d’agrandissement de la 2e chance. « On recycle des appareils de télécommunications mais aussi des vies. On veut aider des gens qui sont exclus, qui sont marginalisés. Par contre, on doit rester une entreprise avec des impératifs d’affaires. Ça prend un équilibre, c’est un des défis dans le développement des services de rester conséquent avec la mission première et où on veut aller. » Un travail d’équilibriste de tous les instants.
 

Une blonde et une job

Il faut le rappeler, le SIT est né à l’origine du Centre Le Havre. À l’époque, Alain Levasseur y travaillait et demandait aux gars en situation d’itinérance qu’il aidait « Maintenant que vous avez un toit sur la tête, qu’est-ce que je pourrais faire de plus pour vous? » Et ceux-ci de répondre : « on voudrait une blonde et une job! » Quelque temps plus tard, le SIT voyait le jour pour répondre à ce deuxième impératif. « Au fil du temps, on s’est plus développé du côté des clientèles avec des problématiques de santé mentale, dont une partie à risque d’itinérance. Mais on s’était un peu éloigné de notre clientèle originelle. Je me suis dit : il faut y revenir. Malheureusement, il y a de plus en plus de gens qui se retrouvent en rupture sociale et on se doit d’adapter des services pour ces personnes-là. Un financement venait du Fédéral pour la lutte à l’itinérance, alors c’était le moment pour nous de revenir aux sources. », nous explique cette femme loquace qui, bien que le SIT n’ait pas répondu à l’aspect matrimonial de la demande initiale des gars du Havre, fera, parions-le, bien des heureux.
 

Penser en dehors de la boîte

Avec les 20 ans de l’organisation, l’heure des bilans aurait pu sonner. Pourtant, c’est plutôt un renouveau visuel et organisationnel que s’offre le SIT en cadeau. Logo, slogan, site web, tout y passe pour solidifier l’image corporative de l’entreprise. « Notre logo, c’est l’humain qui est au cœur, à la base. Et tous les contrats de sous-traitance, on les représente avec la boîte. C’est donc l’humain et la boîte. Mais il sort de la boîte, il explore, il est ouvert vers le monde. » Ouvert sur le monde mais aussi sur les opportunités. « Notre gros défi cette année et l’objectif qu’on s’est donné, c’est se faire de plus en plus connaître du milieu des affaires. Mon souhait serait que la vision de l’économie sociale change. On fait rouler l’économie, on aide les entreprises, mais en plus on a une mission sociale et on aide du monde. Il ne faut pas voir les entreprises privées et les entreprises d’économie sociale comme étant en compétition mais plus comme des partenaires. » Visionnaire, on vous disait.
 
Et le futur, comment se dessine-t-il? « Alain, le fondateur, a pour objectif d’avoir 1 000 travailleurs. On est au quart du chemin. Il y a des besoins, il y a de la demande, il y a des gens qui sont sur des listes d’attente. Notre but c’est d’aider le maximum de personnes. Notre vision est d’aider de plus en plus de gens et d’entreprises. Un rapport gagnant-gagnant », conclue-t-elle, même pas essoufflée par les bouchées à venir. « En attendant, on est en train de préparer un beau party pour nos 20 ans. » Et on y sera, Mme Provost, pour voir ce que vous pouvez bien manger pour avoir tant d’énergie. Une énergie qu’on veut contagieuse parce qu’elle représente l’essence de l’économie à impact direct dans une communauté. Et ça, ça nous inspire en titi.