Économie sociale en Mauricie : 3 lieux plus grands que leurs murs
Résumé du 1er épisode de la première saison de la série télé «Forte de notre impact: l’économie sociale en Mauricie», présenté sur la chaîne MAtv.
On est arrivés tôt le matin, équipe et caméras sous le bras. Trois arrêts au programme. Trois organisations d’économie sociale de la Mauricie. Et une question en filigrane : qu’est-ce que ça change, pour vrai, quand on met l’humain au centre d’un modèle d’affaires?
La réponse? Elle ne se trouve pas dans les organigrammes. Elle se trouve dans un cri d’enfant au bout d’une tyrolienne, dans un “merci, grâce à vous j’ai recommencé à manger”, dans un atelier d’art où un gars de 80 ans et une fille de 23 partagent le même four à céramique.
Bienvenue dans le 1er épisode de Forte de notre impact!
1. Plein-Air Ville-Joie : des cris, du vent, et “le plus beau bureau du Québec”
Le premier arrêt, c’est Plein Air Ville-Joie, à Pointe-du-Lac.
Avant même de sortir tout l’équipement, on voit la scène : trois autobus pleins à craquer de jeunes viennent d’arriver.
Pas besoin de voix off : le décor parle tout seul. Ça court, ça rit, ça jase fort. Et personne ne demande à ces jeunes-là de “baisser le ton”.
Pascal-Olivier Labrecque, directeur général, nous explique la mission, mais ce qui frappe, ce n’est pas la belle phrase. C’est ce qu’elle autorise :
« Donner la chance aux jeunes de venir découvrir la nature, de venir découvrir le lac Saint-Pierre, donner la chance aux jeunes de jouer dehors et d’être des jeunes. »
Juste ça. Pouvoir être un jeune, dehors, sans se faire constamment recadrer. On dirait un détail, mais quand tu le vois en vrai, c’est tout sauf anodin.
L’été, le site tourne à plein régime :
« À partir du moment où on arrive à l’été, à la période estivale, avant la Saint-Jean, nous, on fonctionne 7 jours sur 7. »
Classes nature, camps de vacances, labyrinthe, tour d’escalade, tyrolienne, corde à Tarzan, plage, prêt de planches à pagaie… Et, détail qui nous a fait sourire : malgré le fait qu’on soit dans la ville de Trois-Rivières, il dit :
« On ressent un sentiment d’isolement. Un bon isolement, on se sent dans la nature. »
Et derrière ce paysage-là, il y a aussi une histoire de trajectoire personnelle. Avant de diriger Ville-Joie, il travaillait depuis 14 ans dans le milieu des commandites et des festivals, à travers le Québec.
« Je voulais œuvrer pour quelque chose de plus régional, de plus local et aussi pour une cause. »
L’économie sociale, pour lui, au départ, c’était un concept théorique. Puis en arrivant ici, ça a pris un visage :
« Tous les surplus dégagés sont réinvestis sur les bâtiments pour mieux accueillir les jeunes, pour améliorer les conditions de travail et pour rendre les services encore plus abordables. »
Ce n’est pas “moins” d’affaires. C’est une autre manière de compter : on mesure en souvenirs d’enfance, en sécurité émotionnelle, en fois où un jeune repart fier de lui.
Mais le moment qui résume le mieux l’impact de Ville-Joie, c’est celui-ci :
« Des gens qui sont venus au camp ici quand ils étaient jeunes… maintenant adultes, ils reviennent et ils disent : “Je suis tellement content de revenir et de voir que ça fonctionne encore!” »
Il y a des lieux qui marquent au point qu’on a besoin de vérifier qu’ils existent toujours. Ville-Joie fait clairement partie de ceux-là.
Et quand il conclut, mi-sérieux, mi-en blague :
« Tout le monde peut se vanter d’avoir un beau bureau… mais c’est moi qui ai la plus belle. »
On le croit. Vraiment.
2. Centre d’action bénévole du Rivage : là où un repas, c’est bien plus qu’un repas
Deuxième arrêt : le Centre d’action bénévole du Rivage.
Ici, l’économie sociale a le visage de gens qui donnent du temps et de gens qui n’osaient plus demander de l’aide.
Diane Vézina, la directrice générale, explique leur première mission :
« Promouvoir l’action bénévole, mettre le bénévolat en marche. »
On aime cette expression-là : mettre en marche. On imagine quelqu’un qui arrive, un peu hésitant :
“J’aimerais ça être bénévole, mais je ne sais pas trop où, comment, quoi faire?”
Et le Centre devient une sorte de carrefour : on les écoute, on les oriente, on les accompagne.
La deuxième mission, elle, part directement du terrain :
« On veut répondre à des besoins qui sont clairement exprimés par notre communauté. »
Pas des projets “parce qu’on trouve ça cute”. Des services qui répondent à des vraies vies :
- livraison de popote roulante
- accompagnement pour des rendez-vous médicaux
- visites d’amitié
- soutien aux jeunes familles
Puis vient l’anecdote qui illustre à merveille l’économie sociale en action. Pendant longtemps, la popote roulante était réservée à des critères très précis (âge, convalescence, etc.). Monsieur et madame Tout-le-monde ne pouvaient pas en bénéficier. Un jour, le chef lance une idée :
« Est-ce qu’on pourrait ouvrir quelque chose à la population? »
Résultat : Les Petits plats du rivage, une petite boutique d’économie sociale.
« Maintenant, on peut offrir des repas prêts à manger à l’ensemble de la population. L’argent qu’on fait avec ça nous permet de continuer à offrir des services à moindre coût. »
C’est simple. C’est pragmatique. Et c’est brillant. Les repas nourrissent les gens et les profits nourrissent la mission.
Et puis il y a les visages. Ceux des bénévoles — certains impliqués depuis plus de 20 ans. Ceux des personnes âgées qui attendent la popote. Ceux de ceux qui arrivent à la boutique, un peu gênés, mais soulagés.
Elle raconte :
« Vous êtes la première personne à qui je parle ce matin. »
« Grâce à vous, j’ai recommencé à manger, je n’avais plus d’intérêt. »
« Vous êtes les seuls qui peuvent aider ma mère, mon père. »
C’est là que l’économie sociale arrête d’être un modèle et devient une bouée.
Quand elle parle de son équipe, il y a une lumière particulière dans sa voix :
« Ce n’est pas “ah non, je m’en vais travailler”. Non, c’est “yes, je m’en viens”! »
Et ça, on le sent dans le tournage. Ça rit en cuisine. Ça jase dans le camion de livraison.
Ça s’émeut en revenant d’une tournée.
En fin de journée, elle dit :
« Quand je repars chez moi, je me rappelle pour qui on travaille, pour qui on le fait. »
Et on sent que ce n’est pas une phrase apprise. C’est un réflexe interne.
3. Atelier Slex : des “geeks d’arts visuels” qui se tiennent par la créativité
Dernier arrêt, mais pas le moindre : Atelier Silex, à Trois-Rivières.
Dès qu’on entre, on est accueilli par la musique très reconnaissable des ateliers : une sableuse qui vibre au fond, une scie qui gronde en coupant le bois, le bruit régulier d’une pointe de gravure qui mord dans la matière.
L’histoire, elle, commence en 1983, avec cinq artistes fraîchement diplômés en arts visuels à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) À l’époque, problème simple, mais lourd, comme le raconte Anne-Marie Lavigne, directrice générale et artistique :
« Quand ils ont gradué, il n’y avait pas d’endroit pour faire leur art. »
Alors ils se sont rassemblés, ont loué un local. Puis, avec le temps, ont fondé un OBNL et acheté le bâtiment. L’objectif :
« Devenir un écosystème de création pour aider les artistes dans leurs démarches. »
Ce mot-là, écosystème, prend tout son sens quand on se promène d’un atelier à l’autre. Il y a de la pierre, du métal, du verre, de la céramique, un studio numérique, du vidéomapping, mais surtout, il y a des gens qui apprennent les uns des autres.
« Un artiste senior va pouvoir aider un artiste émergent et un artiste émergent va permettre à un artiste établi de découvrir une nouvelle façon d’aborder un matériau. »
On voit tout de suite le type d’ambiance : passionnée, poétique et profondément humaine.
La directrice générale et artistique raconte son arrivée en 2018. Le poste venait d’être créé, l’organisme était en bonne santé, mais avait besoin de se structurer pour durer. Son bagage d’artiste lui permet de comprendre intimement les enjeux du lieu et en même temps, elle découvre qu’elle aime vraiment la gestion des arts.
Elle insiste sur une chose : ici, on veut que les artistes puissent mettre leur énergie sur leur création, pas sur l’entretien de la perceuse.
« Monter une équipe qui s’occupe de la technique des équipements pour que les artistes puissent échanger sur ce qui les passionne : la création, leur recherche. »
Et puis il y a cette dimension humaine, presque familiale :
« On peut vraiment être soi-même quand on est à l’atelier. Je n’ai pas l’impression qu’il faut que je me discipline d’une façon d’être. C’est une communauté hyper ouverte. »
On comprend pourquoi elle dit qu’elle ne sent pas une coupure entre “sa vie” et “son travail”.
À Silex, tout ça se mélange — dans le bon sens.
La dernière phrase de l’entrevue reste accrochée quelque part :
« À l’Atelier Silex, on n’arrêtera jamais de croire à la force de l’art pour rassembler les gens et pour leur faire sentir la beauté dans l’humanité. »
Et soudain, l’économie sociale, c’est aussi ça : protéger des lieux où l’on peut encore ressentir la beauté ensemble.
Trois façons de faire de l’économie sociale… une façon de faire société
En quittant Ville-Joie, le CAB du Rivage et l’Atelier Silex, on n’a pas juste des images “belles pour la télé”.
On repart avec la sensation très concrète que l’économie sociale en Mauricie :
- fait grandir des enfants dehors
- soutient des personnes qui se sentaient seules
- et donne un toit à la création, même dans un milieu sous-financé.
Ce sont trois organisations, trois modèles, trois terrains. Mais une même promesse : ici, les surplus monétaire ne dorment pas dans un compte — ils reviennent sur le terrain.
Si tu as eu un petit pincement de fierté en lisant tout ça, tu vas aimer notre répertoire d’entreprises d’économie sociale en Mauricie : une mine de projets locaux à découvrir (et à adopter).






































