Résumé du 2e épisode de l’émission Forte de notre impact, présenté sur MAtv.
Il y a des projets qui partent d’une idée et d’autres qui jaillissent d’un besoin profond : celui de faire les choses autrement. Plus lentement. Plus humainement.
Cet épisode nous amène pile à cet endroit-là, où l’économie sociale n’est pas qu’un concept, mais une manière d’habiter le monde. Trois milieux différents, un même fil conducteur : on entend, encore et encore, des gens dire avec le cœur : « Ici, j’ai ma place. »
On y croise une coopérative maraîchère, un plateau de travail en déficience intellectuelle et en autisme, ainsi qu’un milieu de participation sociale pour adultes autistes. Mais surtout, on y découvre des histoires de fierté, d’appartenance et de résilience.
Et une idée revient, subtilement, d’un témoignage à l’autre : ces entreprises ne tentent pas de faire entrer les gens dans un moule. Elles cherchent plutôt à mettre en lumière ce qui est déjà là, parfois caché, souvent sous-estimé : les forces.
Coop La Charette : une coop maraîchère qui cultive bien plus que des légumes
On arrive à la Coop La Charette en pensant qu’on va parler de paniers, de serres, de variétés de légumes. Et oui, il y a tout ça. Mais la vraie surprise, c’est de réaliser que dans cette coop, l’agriculture est aussi un prétexte à autre chose : créer un lieu où les gens se reconnaissent, s’impliquent, se rassemblent.
Depuis qu’ils se sont installés sur leur propre site à St-Élie-de-Caxton, ce n’est pas seulement l’entreprise qui a pris de l’ampleur. C’est l’entourage. Le voisinage.
Ce qu’on sent derrière leurs mots, c’est une fierté douce : celle de voir une communauté se mobiliser, même dans un petit village. Quand ils évoquent leur point de chute, on comprend que ce n’est pas une simple statistique d’abonnés… c’est une preuve d’attachement.
« On a un point de chute de 100 abonnés ici… pour un village qui n’est pas très gros. »
Et ce n’est pas “juste” des abonnés : on parle aussi de bénévoles, d’entraide, de gens qui arrivent avec du matériel ou des bras disponibles quand il y a des activités. Comme si la ferme avait cessé d’être “leur projet” pour devenir un morceau vivant du milieu.
Il y a même un élément qui symbolise parfaitement cette idée de collectif qui prend sa place : le four communautaire. Un vrai lieu de rencontres, de fournées, d’événements — porté par une équipe parallèle.
Et là, on comprend quelque chose d’important : la coop n’est pas seulement un modèle d’affaires. C’est une manière de construire quelque chose qui dépasse les personnes qui l’ont lancé. Ils ont choisi la forme coopérative pour une raison très concrète : la continuité. Le legs. L’idée que l’entreprise puisse rester debout, même si un jour, quelqu’un quitte.
« Ça fait en sorte que si quelqu’un décide de partir, ça ne met pas en danger l’entreprise. »
Ils parlent de croissance, oui. Mais jamais comme une course. Comme si la croissance n’avait de valeur que si elle reste compatible avec la vie.
« On veut s’inscrire dans notre génération puis notre époque. On ne veut pas faire des 80–90 heures par semaine. »
Dans cet espace qu’ils cultivent, les légumes poussent, mais les liens aussi. Et les enfants y trouvent un vrai terrain d’enfance. Un endroit vivant, pour jouer, explorer, s’attacher. Et ce sentiment d’appartenance, il est si naturel qu’il glisse dans leurs mots, sans qu’on leur demande rien :
« Ils disent : “c’est notre ferme.” »
Et honnêtement, si tu cherches une image simple pour comprendre l’économie sociale, elle est pas mal là.
Coopérative Adirondak : un milieu de travail où personne n’est laissé de côté
Deuxième arrêt : Coopérative Adirondak à Louiseville. Là encore, tout part d’une observation très humaine.
Les deux fondateurs, travailleurs sociaux, ont remarqué que dans les plateaux de travail “classiques”, l’inclusion était souvent incomplète. Oui, on travaillait dans les mêmes bâtiments que tout le monde, mais :
« Quand tout le monde allait dîner, eux, ils étaient comme reclus un peu dans leur atelier avec leur intervenant. »
Pas d’invitation à aller prendre une bière le vendredi midi. Pas de petite jasette autour de la table. Bref : pas de vrai milieu de vie.
De là est née l’idée d’une coopérative de travail adaptée, pensée pour créer un sentiment d’appartenance à 100 %.
Les personnes qui y travaillent proviennent de 17 municipalités, et ce n’est pas juste pour remplir des contrats : c’est pour se sentir utiles, valorisées, reconnues.
« Ce qui nous démarque, c’est vraiment le côté humain… le côté où ils se sentent avec des gens qui leur ressemblent. »
Ce qui les rend le plus fiers? Les histoires relationnelles. Une histoire d’amour de 20 ans entre deux personnes qui se retrouvent ici. Des amitiés qui se construisent. Des façons de penser différentes qui deviennent des forces.
Une anecdote en dit long : Un contrat exigeait de placer des bouchons par groupe de dix. Certaines personnes n’arrivaient pas à compter jusqu’à 10. Une travailleuse autiste a trouvé sa propre méthode : retourner les bouchons, utiliser ses 10 doigts, les presser, puis transférer le tout dans le pot.
« De voir qu’il y a d’autres façons de penser… ça, c’est beau. »
On comprend vite que ce plateau de travail n’est pas un “plan B” : c’est un laboratoire d’intelligence différente, d’adaptation, de créativité.
Et cette phrase, qu’on entend presque comme un slogan non officiel, résume bien l’ambiance :
« Ici, on ne vient jamais travailler de reculons. On ne part pas parce qu’on a hâte de partir, on part parce que c’est l’heure. »
Ici, la différence n’est pas un obstacle à contourner. Elle devient une richesse à observer, à comprendre, à valoriser.
Horizons Ouverts : quand participer devient exister
Le troisième portrait nous conduit à Horizons Ouverts, un milieu dont la mission est clairement nommée : favoriser l’intégration socioprofessionnelle des adultes autistes par des activités de participation sociale.
Depuis plus de vingt ans, l’économie sociale s’y est déployée naturellement, à travers la transformation et la vente de produits alimentaires, des services traiteur, des contrats variés. Mais ce qui revient avec insistance dans les témoignages, c’est la fierté des usagers.
« C’est moi qui ai produit. C’est moi qui ai fait ces mets-là. »
Les activités proposées sont nombreuses et adaptées : tri de matériaux, démantèlement, ensachage, étiquetage, vérification de jouets, activités artistiques. Tout est pensé en fonction des capacités, des intérêts et des besoins des personnes.
La relation avec les partenaires d’affaires repose sur un équilibre clair : qualité du travail, oui — mais jamais au détriment de l’humain.
« Un bon partenaire, c’est le respect des limites, mais surtout la reconnaissance des forces. »
Ça ne veut pas dire “moins bon”. Au contraire : ils affirment que les entreprises qui font affaire avec eux le font parce qu’elles savent que le service est de qualité, parfois même supérieure à ce qui serait attendu ailleurs.
Et derrière tout ça, il y a un combat qui revient comme un fil rouge :
« Notre champ de bataille c’est de permettre aux adultes autistes d’être vus, d’être entendus, d’être reconnus. »
Puis il y a la plus belle idée de l’épisode, à notre avis : redéfinir ce qu’est une réussite.
Une réussite, ça peut être marcher tous les jours. Se faire un ami. Développer un lien. Être accepté comme on est. Avoir un boulot à temps partiel qui convient.
Ce n’est pas “petit”. C’est immense.
Chacun avance à son rythme. Sans pression. Sans comparaison. Et c’est précisément dans cet espace sécurisant que la confiance et l’estime de soi peuvent grandir.
La beauté des petites révolutions
On parle souvent de changement comme si ça devait être spectaculaire. Mais cet épisode nous rappelle que les plus grandes révolutions sont parfois discrètes : un espace où on se sent attendu, une tâche qui redonne confiance, un lien qui se crée, une phrase qu’on n’osait pas dire avant et qui finit par sortir : “je suis fier”.
Si tu as envie de prolonger cette petite révolution-là, on t’invite à consulter notre répertoire d’entreprises d’économie sociale en Mauricie. Tu y trouveras d’autres initiatives qui transforment le quotidien.































